Collioure, France — 2007
Un projet photographique documenté sur la mémoire, la dignité et l'histoire vivante d'un village catalan.
Mateu, surnommé « le dernier pêcheur » à Collioure, photographié depuis son bateau, avec le port et l'église du village en arrière-plan.
En 2007, j'ai créé et exposé « Les Anciens de Collioure », un projet de portraits en noir et blanc consacré aux plus anciens habitants de Collioure, un village catalan situé sur la côte sud de la France.
L'œuvre a d'abord été présentée à la mairie de Collioure, où le maire a présenté la collection aux habitants de la ville. Elle a ensuite été exposée au public pendant trois mois à la Galerie de l'Ancienne Mairie, le centre culturel de la ville, durant la saison estivale, en juin, juillet et août.
Le projet a également fait l’objet d’un article dans L’Indépendant du 23 avril 2007, intitulé « Les anciens dans le viseur de Jérôme Scullino ». L’article rendait compte de l’exposition et présentait cette œuvre comme une série de portraits des aînés du village, parmi lesquels Madeleine Ramonet, la doyenne de Collioure, qui venait de fêter son 105e anniversaire.
Collioure occupe une place importante dans l'histoire de l'art. C'est dans ce village qu'Henri Matisse et André Derain ont découvert la lumière qui a contribué à la naissance du fauvisme. Mais je n'étais pas venu à la recherche de couleurs. J'étais venu à la recherche de visages.
Avec l'aide de ma tante, Marie-Françoise, qui connaissait le village, ses familles et ses histoires, j'ai commencé à rechercher des habitants âgés de quatre-vingt-cinq ans et plus. Nous leur avons posé une question simple :
Qui sont les héros méconnus de Collioure ?
Ce qui s'ensuivit ressemblait moins à une mission photographique qu'à un pèlerinage. Derrière chaque porte se cachait une archive vivante : des pêcheurs, des artisans, des mères, des veuves, des hommes et des femmes qui avaient connu la guerre, la paix, la famille, le deuil et la lente transformation d'un village qu'ils avaient connu toute leur vie.
Un père de 91 ans et son fils de 75 ans, photographiés chez eux pendant le déjeuner à Collioure.
À l'époque, j'exerçais déjà le métier de photographe depuis plus de dix ans. Mais à Collioure, quelque chose a changé. J'ai commencé à comprendre que le sujet de mon travail n'était ni le paysage, ni la mise en scène, ni la beauté au sens conventionnel du terme. C'était la présence.
Ces portraits ont été réalisés en noir et blanc, car la couleur en aurait dit trop. Je voulais que ces images restent fidèles à la réalité de la peau, du geste, de la posture, de la lumière et du temps. Sans aucune distraction, ces visages révélaient ce que je commençais à rechercher dans l’ensemble de mon œuvre : l’instant où une personne se laisse voir.
Mateu, le dernier pêcheur
Il y a un homme en particulier qui m'a marqué.
Il s'appelait Mateu.
Au village, on parlait de lui comme d’une légende : le dernier pêcheur, un homme connu et admiré, qui était même passé à la télévision française. Mais la légende qui l’entourait avait aussi créé une certaine distance. On m’avait prévenu qu’il était plutôt solitaire et qu’il ne m’accueillerait peut-être pas à bras ouverts.
Quand je suis arrivé chez lui et que j'ai frappé à la porte, c'est Mateu qui m'a ouvert.
Il m'a accueilli chez lui.
Au cours des jours suivants, nous avons passé du temps ensemble. Il m’a invité à aller pêcher avec lui, ce qui, comme je l’ai appris par la suite, était pratiquement inconcevable. C’est à cette époque que j’ai commencé à comprendre que l’image que le village se faisait de lui avait pris le pas sur l’homme lui-même. Même sa propre famille avait cessé de lui tendre la main, ne sachant peut-être pas comment franchir le fossé qui s’était creusé autour de lui.
Je lui ai demandé pourquoi il n'avait pas emmené sa petite-fille et son arrière-petite-fille en mer.
« Ils ne demandent jamais », a-t-il dit.
Alors j'ai demandé.
Cette sortie a marqué le début d'un renouveau dans leur relation.
C'est là tout le pouvoir du portrait à son niveau le plus profond. Il peut redonner une présence à une personne — non pas en tant qu'idée, ni en tant que personnage, ni en tant que légende, mais en tant qu'être humain.
Un tournant
« Les Anciens de Collioure » a marqué un tournant dans ma vie et mon travail. Cette expérience m’a appris qu’un portrait n’est pas seulement une image. C’est une rencontre. Il peut immortaliser un visage, mais il peut aussi renouer un lien, rouvrir une porte et affirmer la dignité d’une vie qui, sans cela, passerait peut-être inaperçue.
Des années plus tard, cette prise de conscience m'a suivi jusqu'au studio. J'ai commencé à comprendre que cette même intimité que j'avais trouvée dans les maisons de village et les ruelles étroites pouvait également se créer sous un éclairage contrôlé, dans un espace aménagé à cet effet. Le studio n'a pas altéré la vérité de la rencontre. Il l'a au contraire sublimée.
Aujourd’hui, que je photographie une famille, une mère, une personnalité publique ou quelqu’un qui ne s’est jamais senti à l’aise devant un appareil photo, je me réfère à ce que Collioure m’a appris :
Chaque personne porte en elle une histoire qui mérite le respect.
Chaque visage cache bien plus qu'une simple apparence.
Et parfois, le travail commence par quelque chose d'aussi simple que de prêter attention suffisamment longtemps pour que quelqu'un soit vu.
C'est peut-être à Collioure que Matisse a découvert la couleur.
C'est là que j'ai trouvé ma voix.
Presse et expositions
L'exposition « Les Anciens de Collioure » a été présentée pour la première fois en 2007 à la mairie de Collioure, où le maire a présenté la collection aux habitants de la ville. Le projet a ensuite été exposé au public à la Galerie de l'Ancienne Mairie, le centre culturel de la ville, pendant trois mois durant la saison estivale — en juin, juillet et août.
Le projet a également fait l'objet d'un article dans L'Indépendant du 23 avril 2007, intitulé « Les anciens dans le viseur de Jérôme Scullino ». L'article rendait compte de la présentation des portraits et de l'hommage rendu par le projet aux plus anciens habitants du village, parmi lesquels Madeleine Ramonet, la doyenne de Collioure, qui venait de fêter son 105e anniversaire.
