Exposition à Montréal, «
» 2011, Café des Arts, Marché Bonsecours
. Exposition d'une durée de deux ans
Une série photographique sur la confiance, la présence et la force discrète du leadership sans contrôle.
Avant de comprendre pourquoi les chevaux jouaient un rôle si important dans mon travail, il y avait Princesa.
C'était une jument que j'aimais beaucoup quand j'étais enfant en République dominicaine. Je l'ai dressée moi-même dès son plus jeune âge, sur les terres de mes parents. La relation que j'avais avec elle était celle qu'un enfant entretient avec un animal : totale, inconditionnelle et pleine de confiance.
Un jour, elle est tombée. Elle s'est brisé le cou. Elle n'a pas survécu.
Je n'ai plus monté à cheval depuis.
Pendant des années, j’ai porté en moi quelque chose que je ne savais pas encore comment nommer. Je pensais à elle, au temps que nous avions passé ensemble, et finissait par me poser cette question : ce lien était-il réel ? Ou l’avais-je imaginé ?
Nous exigeons beaucoup des chevaux. Nous leur demandons de nous porter, de nous faire confiance, d’attendre, de nous suivre, de réagir. Nous parlons de connexion, mais le cheval ne peut s’exprimer avec des mots. Il répond par son corps. Par la résistance. Par la douceur. Par la vérité invisible de ce qui est présent.

Extrait de *Le cheval, mon maître*, exposé à Montréal au Café des Arts, au Marché Bonsecours.
Des années plus tard, j'ai commencé à photographier des chevaux et leurs cavaliers. Au départ, c'était par simple curiosité. Je voulais comprendre la relation entre un cheval et la personne à ses côtés. S'agissait-il d'un partenariat ? D'un rapport de domination ? D'affection ? Ou bien était-ce quelque chose de plus complexe que ce que ces mots pouvaient exprimer ?
Puis j'ai rencontré des gens dont le lien avec leurs chevaux m'a tout de suite frappé. Il n'y avait ni force apparente, ni ordre manifeste, ni mise en scène. Ce que j'ai vu, c'était plutôt une sorte d'entente qui semblait presque invisible, mais indéniablement présente.
Cela m'est resté en tête.
La confiance ne s'impose pas
Finalement, j'ai découvert le travail de Chris Irwin, dont la façon d'appréhender les chevaux a fait naître quelque chose en moi.
Son enseignement remettait en question l'idée selon laquelle le cavalier aurait simplement le contrôle. Il comprenait qu'un cheval ne réagit pas uniquement aux ordres. Il réagit à la pression, à l'hésitation, à l'intention, à la peur, à la clarté et à la contradiction. Tout ce qui n'est pas dit est compris.
On ne peut pas cacher son incertitude à un cheval.
On ne peut pas forcer la confiance.
Un cheval reflète ce qui est là, pas ce que tu prétends qu'il y a.
C'était là toute la révélation. Le cheval n'était pas simplement dressé. Il révélait l'être humain à ses côtés : son impatience, son besoin de dominer, son manque d'assurance, sa capacité à écouter, sa capacité à instaurer un climat de sécurité.
Et lorsque la situation commence à se stabiliser, d'autres possibilités s'ouvrent.
Confiance. Clarté. Collaboration. Calme.

Melissa et Skylar, de « The Horse, My Teacher ».
Melissa & Skylar
Melissa et Skylar ont joué un rôle central dans ma compréhension de ce travail.
Ce qui m’a ému, ce n’était pas l’image d’un cavalier maîtrisant son cheval. C’était tout le contraire. C’était cet échange subtil entre eux : l’espace, l’écoute, cette confiance qui semblait s’établir avant même le moindre mouvement.
Avec les chevaux, l'autorité ne tire pas sa légitimité du fait qu'elle est imposée. Elle tire sa légitimité du fait qu'elle procure un sentiment de sécurité. Le cheval ne se soumet pas à la force. Il réagit à la cohérence.
Cela a changé ma conception du leadership.
Et finalement, cela a changé ma façon de concevoir le portrait.

Extrait de *The Horse, My Teacher*, une étude photographique sur la confiance, la présence et le lien entre l'homme et l'animal.
Ce que le cheval m'a appris sur l'art du portrait
Au fil du temps, j'ai commencé à me rendre compte qu'une personne devant la caméra n'est pas si différente.
Ils réagissent à ce qui est présent, et pas seulement à ce qui est dit. S’il y a de la pression, ils se referment. S’il faut jouer un rôle, ils jouent le jeu. S’il y a de la peur, le corps se protège. Mais quand l’attention s’exerce sans contrainte, quelque chose d’authentique commence à se manifester.
Cette prise de conscience a complètement bouleversé ma pratique.
J'ai cessé de considérer la photographie comme quelque chose que je devais arracher aux gens. J'ai commencé à la percevoir comme quelque chose qui se révèle lorsque la confiance est au rendez-vous. Le travail ne consiste pas à dominer l'instant, mais à créer les conditions permettant au sujet de rester pleinement lui-même.
C'est ce que le cheval m'a appris.
Ce n'est pas une question de contrôle.
Comment écouter.
Exposition
L'exposition « Le cheval, mon maître » a été présentée à Montréal au Café des Arts, situé au Marché Bonsecours, à partir de 2011. L'œuvre y est restée exposée pendant deux ans, ce qui a permis à la série de bénéficier d'une présence durable auprès du public et de s'inscrire dans un contexte culturel et artistique.
Cette exposition a marqué un tournant décisif dans mon parcours artistique. Bien avant que je ne dispose du langage que j'utilise aujourd'hui, ce projet annonçait déjà les fondements de mon travail : la présence, la confiance, l'attention et cette dignité sereine qui se dégage lorsque le contrôle cède la place à la relation.
